Traditions apicoles dans des troncs d’arbres creuxTraditions apicoles dans des troncs d’arbres creux

Traditions apicoles dans des troncs d’arbres creux

Les abeilles à miel sont arrivées sur Terre plusieurs millions d’années avant l’Homme. Les abeilles des forêts noires se sont étendues des montagnes de l’Oural au Cis-Oural au début de l’époque post-glaciaire. Les premiers hommes qui habitaient dans la forêt avaient pour habitude de récolter le miel, de le manger et de déguster les peignes de miel des abeilles sauvages. Ils cherchaient les nids d’abeilles dans le creux des arbres et en récoltaient le miel. Les premières traces des chasseurs de miel sauvage peuvent être trouvées sur les dessins de grottes, qui datent de plusieurs dizaines de milliers d’années. Les images de chasse au miel furent surtout découvertes en Espagne, dans le sud de l’Oural, en Egypte, en Inde, en Italie et en Allemagne. Les premiers hommes chassaient le miel partout. C’était l’aliment de base des chasseurs et des récolteurs de miel à l’âge de pierre.



Avec l’arrivée du fer, les hommes ont appris à fabriquer des outils et à construire des creux artificiels dans des troncs d’arbres pour y abriter les abeilles. Ceci fit la différence entre un chasseur de miel et un apiculteur des troncs d’arbres évidés. En choisissant avec attention l’arbre, l’apiculteur des troncs d’arbres évidés le grave avec ses marques de famille. La sélection d’un lieu spécifique dans la forêt où s’abriter, fait appel à de nombreuses compétences poussées qui sont transmises de génération en génération. On a souvent laissé l’arbre choisi grandir durant quelques années. Ensuite, durant la période d’essaimage, l’arbre est habité par des colonies d’abeilles. Un morceau du peigne de miel est fixé sur le haut de la ruche, en vue d’attirer de nouvelles abeilles, qui y attachent alors de nouveaux peignes.



Les apiculteurs des troncs d’arbres creux passent beaucoup de temps dans la forêt, sont capables de s’y orienter et connaissent tous les secrets des animaux et des plantes. Une visite de ruchers nous prenait parfois plusieurs jours et nous obligeait à dormir occasionnellement en pleine forêt. Le mode de vie demande à un apiculteur d’être fort, en bonne santé, stoïque et robuste. Les ruches démontables se développent loin les unes des autres. Flânant dans les bois à pieds ou à cheval, l’apiculteur des troncs d’arbres évidés prend avec lui tout l’équipement nécessaire : un kiram, une ceinture de cuir afin de grimper à l’arbre, un outil en bois afin de rester accroché à l’arbre, une serpe, une corde peu épaisse, une hache, un enfumoir et un récipient en bois pour le miel. Tous ces instruments ont été découverts sur un site de sépultures Birsk dans les régions de l’Oural. Les fouilles archéologiques ont été estimées vieilles de plus de 1 500 ans. Ce qui est fascinant, c’est que cet équipement a peu évolué jusqu’à aujourd’hui.



Les apiculteurs des troncs d’arbres creux soignent leurs arbres et enlèvent notamment toutes les branches tombantes afin d’éviter tout incendie. Ils fournissent les produits forestiers les plus précieux, le miel de bûche et sont ainsi très respectés. Ces apiculteurs de bûches restent des gens libres dans le temps et dans l’espace. Ils n’ont jamais été ni cerfs ni esclaves. Ils formé une caste d’apiculteurs de troncs d’arbres évidés, composée de personnes indépendantes vivant à la frontière de la civilisation et de la nature et restent encore très liés aux traditions. Les apiculteurs des troncs d’arbres évidés ont transmis leurs savoirs de 100 ans sur les bois et les abeilles aux nouvelles générations. Est apparue alors une dynastie de cette forme d’apiculture. Un tronc d’arbre destiné aux abeilles a des propriétés fixes et n’est donc jamais violé. Ces arbres étaient un signe de richesse. Les apiculteurs des troncs d’arbres évidés font une marque personnelle sur chaque arbre, un « tamga », en signe d’appartenance. Un « tamga » est un vieux mot turc qui signifie marque - personnelle ou familiale ou sceau. Pour les Turcs, le tamga n’est pas l’emblème d’un clan ou d’un groupe ethnique particulier. Les Khans de Mongolie avaient leur propre tamga gravé sur leurs pièces. Les artistes et artisans utilisaient les tamgas comme signature. La représentation graphique des tamgas reste l’écriture runique modifiée par les Turcs.



La propagation des tamgas est due à l’expansion des Tatars-Mongols. Il était alors utilisé pour recevoir de l’argent. Progressivement, le tamga a évolué en une marque distinguable, avant de devenir un écusson. Cet écusson, chez les Ukrainiens par exemple, est le tamga de famille des ducs de Kiev.

Le mot russe « tamgit’ » (faire une marque avec un tamga), signifie « label ». La douane russe « tamozhnya », est l’endroit où les biens sont imposés et où un label (ou tamga) est apposé sur les biens qui passent la frontière.

Les Turcs respectent les tamgas, qui se transmettaient de père en fils: ils symbolisent en effet  l’appartenance à leur famille et à leurs ancêtres. Les Noghais ont un proverbe : « la nourriture ne vaut pas la peine de perdre son tamga », signe de dignité.



Les apiculteurs des troncs d’arbres évidés Bachkir marquent par leur tamga les troncs d’arbres choisis. Les tamgas leur était indispensables. Ils étaient gravés sur les outils, brodé sur des vêtements et apposé sur des ustensiles de cuisine. Le tamga était souvent utilisé à la place d’une signature ou d’un poinçon. Les générations futures modifieront sans doute ou incluront un nouvel élément au tamga de leurs ancêtres.

Les apiculteurs des troncs d’arbres évidés creux ont un sceau similaire, un emblème incrusté sur un arbre, par exemple, et portait un nom particulier : « emblème des 4 seuils » ou encore «  emblème d’une bourse. Cela avait un pouvoir particulier. De fait, toute personne qui tentait de prendre possession de l’arbre de quelqu’un d’autre en supprimant son emblème et en la remplaçant par le sien, devait payer 12 pièces.

Le tamga était aussi utilisé par les Vogouls, les Maris, les Komis et autres habitants des régions de l’Oural et de la Volga, tout comme dans le Grand Nord.

Les apiculteurs des troncs d’arbres évidés ont exploré de nouvelles terres en se mettant à la recherche de nouvelles plantes mellifères. De nombreux campements ont gardé des noms dérivés de « abeille » ou « ruche dans un tronc ». Ces apiculteurs ont défendu leur terre natale durant les guerres, en formant des troupes qui se distinguaient des autres par leur morale.

Le territoire russe a acquis une réputation dans le monde pour son miel et sa cire d’abeilles. L’apiculture dans des troncs d’arbres évidés pouvait prospérer grâce à ses grandes forêts remplies de plantes mellifères, une agriculture peu développée et une faible densité de population. Les endroits où il y avait des ruches dans les troncs se sont étendus dans tout le pays de l’ancienne Russie. Les étrangers sont souvent étonnés du nombre de colonies d’abeilles, ainsi que des quantités de miel et de cire d’abeilles. Hérodote avait mentionné le nombre inconcevable d’essaims d’abeilles sur les terres derrières le Danube. L’apiculture dans des troncs d’arbres évidés était une des industries les plus importantes. Certains registres montrent que le miel produit atteignait 48 millions de kilogrammes chaque année au XVIème siècle. La popularité de cette forme d’apiculture est toujours visible dans les noms de famille slaves ou Bachkir.



L’apogée de cette apithérapie a duré jusqu’au XVIIIème siècle. Les progrès techniques ont provoqué le développement industriel. Les forêts ont été rasées afin de satisfaire les besoins des manufactures. Les ruches furent déplacées de leurs ruchers qui demandaient moins de temps pour l’entretien. L’arrivée du sucre et du vin sont le résultat de la consommation élevée en miel de bûche. La lampe à huile supplanta les bougies et diminua la quantité de cire d’abeilles. L’apiculture dans les troncs d’arbres creux a essentiellement décliné au XXème siècle et n’est pratiquée que dans quelques rares coins du monde. Le miel de bûche a des propriétés distinctives : il est rare et cher.

Sa grande valeur tient à sa maturité. La maturation du miel est un long processus qui commence au moment ou l’abeille place un peu de nectar dans la cellule du peigne. Le miel est alors laissé à mûrir et épaissir, afin que beaucoup d’humidité s’évapore. Les ruches LOG sont les meilleures pour la production de miel de bûche, étant donné que le miel est seulement extrait une fois au début de l’automne. Les ruches de miel traditionnelles sont récoltées plusieurs fois par an, en été.



Le miel de bûche est toujours mélangé à de la cire d’abeilles et à des pains et construisent des peignes de miel aux formes bizarres, rendant ainsi impossible l’extraction du miel de manière conventionnelle, c’est-à-dire grâce à la force centrifuge.

Un autre avantage de la production de miel en troncs creux reste les conditions naturelles dans lesquelles vivent les abeilles. La localisation en altitude rend l’air à l’intérieur de la ruche plus sec qu’au sol ; les ruches dans les troncs sont caractérisées par des températures plus stables. Les abeilles dans les troncs prennent leur envol avant les abeilles vivant dans des ruches traditionnelles. Les abeilles des forêts travaillent une heure à une heure et demi de plus que les abeilles des ruches. Elles s’envolent lorsque les températures sont plus fraîches, voire quand il pleut.



Enfin, le miel de bûche est un produit entièrement naturel. Les ruches dans les troncs sont conservées au fond des bois et ainsi ne sont pas touchées par la pollution industrielle.






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